Le 2 décembre 2025, le minéralier Winning Youth quittait le port de Morebaya, sur la côte guinéenne, à destination de Majishan, dans la province chinoise du Zhejiang. Après près de trois décennies d'attente, le minerai de fer de Simandou prenait enfin la mer. Dix mois plus tard, le projet n'en est plus aux symboles : il est entré dans la phase qui compte, celle de la montée en cadence.
Des volumes qui décollent au printemps
Les premiers mois ont été prudents : moins de 0,6 million de tonnes expédiées chaque mois de janvier à mars 2026. Puis la cadence a changé d'échelle. D'après les données de suivi maritime de Kpler reprises par Bloomberg et Mining.com le 4 juin 2026, les expéditions ont atteint 1,3 million de tonnes en avril, puis 2,2 à 2,3 millions de tonnes en mai. L'essentiel des volumes part vers la Chine. Des analystes cités dans le même article anticipaient jusqu'à 8 millions de tonnes au troisième trimestre et 12 millions au quatrième ; ce sont des projections, pas des résultats.

« Les chiffres de mai suggèrent que quelque chose a changé, probablement l'amélioration de la cadence de chargement à Morebaya à mesure que l'infrastructure portuaire gagne en maturité. »
Alexandre Claude, fondateur de DBX Commodities, cité par Mining.com (4 juin 2026)
Un chantier encore en cours, mais aux trois quarts achevé
Simandou réunit deux ensembles : les blocs 1 et 2, opérés par le consortium sino-singapourien Winning Consortium Simandou, et les blocs 3 et 4, opérés par SimFer, coentreprise associant Rio Tinto, Chinalco et l'État guinéen. À pleine capacité, l'ensemble doit exporter 120 millions de tonnes par an, dont 60 millions pour SimFer, au terme d'une montée en puissance de 30 mois.
Le 15 juillet 2026, en publiant sa production du deuxième trimestre, Rio Tinto a indiqué que la mine et le port de SimFer étaient tous deux achevés à plus des trois quarts, et la mise en service complète du rail obtenue dès le premier trimestre. Le groupe prévoit des ventes de 5 à 10 millions de tonnes pour Simandou en 2026 (base 100 %), en rappelant un décalage de deux à trois mois entre la sortie de mine et la vente en Chine. Le 7 septembre, Rio Tinto a présenté Simandou comme l'un des moteurs de sa capacité de fer à moyen terme, portée à 425-440 millions de tonnes contre 346 millions vendues en 2025.

La Guinée en tête de la croissance ouest-africaine
L'effet macroéconomique se lit déjà dans les projections. Le FMI anticipe une croissance du PIB guinéen autour de 8,6 % à 8,7 % en 2026, après environ 7,1 % en 2025, ce qui placerait la Guinée en tête de l'Afrique de l'Ouest. Selon la presse guinéenne citant le Fonds, Simandou pourrait accroître le PIB du pays d'environ 26 % à l'horizon 2030.
Autre signal positif : en août 2026, les services du FMI et les autorités guinéennes ont conclu un accord technique sur un programme de 41 mois au titre de la facilité élargie de crédit, pour 310,59 millions de DTS, soit environ 425 millions de dollars. Il vise à mobiliser les recettes minières pour les dépenses prioritaires, reconstituer les réserves de change grâce à une plus grande flexibilité du taux de change et renforcer la gouvernance, dans le cadre de la vision « Simandou 2040 ». L'examen par le conseil d'administration était annoncé pour septembre 2026 ; nous n'en avions pas trouvé la confirmation au moment de publier.
Transformer la rente en développement

Le défi est désormais celui de la gestion. La cheffe de mission du FMI, Izabela Karpowicz, estime que la Guinée se trouve « à un moment économique important » avec l'entrée en production de Simandou, tout en jugeant les risques orientés à la baisse, notamment en cas de choc sur les cours des matières premières ou sur les financements. Les réserves de change restent inférieures au niveau souhaitable et les pressions inflationnistes se sont accrues récemment.
Le minerai part, les devises commencent à rentrer. Reste à convertir ce flux en routes, en électricité et en capital humain, comme s'y engage le gouvernement. C'est sur ce terrain, plus que sur celui des tonnages, que se jugera la réussite de Simandou.


