Le 1er septembre 2026, au terme d'une mission conduite à Dakar du 19 août au 1er septembre par Mercedes Vera Martin, les services du Fonds monétaire international et les autorités sénégalaises ont conclu un accord technique sur un programme de 36 mois au titre de la facilité élargie de crédit (FEC). Montant : environ 2,2 milliards de dollars (1 537,1 millions de DTS, soit 475 % de la quote-part du pays). C'est la fin de près de deux ans sans programme actif, et le début d'une séquence beaucoup plus délicate.
Retour au point de départ : la dette cachée
Tout remonte à 2024. Un audit commandé par les nouvelles autorités a mis au jour une large sous-déclaration des emprunts et des déficits sous le gouvernement précédent, sur la période 2019-2023. Le FMI avait alors suspendu son programme en cours, d'environ 1,8 milliard de dollars. Depuis, la dette publique a été réévaluée au-delà de 130 % du PIB, selon l'assureur-crédit Credendo, et environ un quart des recettes de l'État part dans le paiement des intérêts.
L'accord reste conditionnel. Il doit être approuvé par le conseil d'administration du FMI, qui exige au préalable des « mesures correctives décisives » sur le dossier de fausse déclaration, ainsi que des assurances de financement de la part des partenaires du Sénégal.
Le tabou de la restructuration est levé
Le même jour, le ministère de l'Économie, des Finances et du Plan a lancé un Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS), dans le cadre commun renforcé du G20. C'est un revirement : les autorités avaient jusqu'ici écarté toute restructuration. La décision a aussi une dimension politique ; selon Semafor, elle a opposé le président Bassirou Diomaye Faye à son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, avant que ce dernier, devenu président de l'Assemblée nationale, n'adoucisse sa position.
Point essentiel pour la région : la dette libellée en francs CFA est exclue du périmètre, au nom du « rôle important du marché régional dans le financement de l'État et de l'économie ». L'effort reposera donc sur les créanciers extérieurs, au premier rang desquels les porteurs d'euro-obligations, dont l'encours concerné est estimé entre 4 et 5 milliards de dollars selon les sources.
« La renégociation en cours se traduira par des créanciers en devises recevant moins que ce qui leur avait été promis à l'origine. »
S&P Global Ratings, cité par BusinessDay (8 septembre 2026)
Les agences de notation tirent les conséquences
Le 4 septembre, S&P Global Ratings a abaissé la note souveraine en devises du Sénégal de CCC+ à CC, son plus bas niveau depuis environ 26 ans, et la note en monnaie locale à CCC, avec une perspective négative. L'agence juge un échange de dette en situation de détresse ou un défaut sur la dette commerciale en devises « extrêmement probable ». Moody's avait déjà dégradé le pays fin août. Les euro-obligations sénégalaises ont nettement reculé après l'annonce.
Une économie qui tient, des marges qui manquent
Le paradoxe sénégalais est là : l'économie réelle résiste. Le FMI chiffre la croissance à 6,7 % en 2025, portée par les hydrocarbures, tandis que la croissance hors hydrocarbures a ralenti à 2,2 %, avant de remonter à 4,7 % en glissement annuel au premier trimestre 2026. L'inflation est restée contenue à 1,4 % en 2025. Le programme vise à restaurer la soutenabilité de la dette, réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures, augmenter les dépenses sociales et soutenir une croissance tirée par le secteur privé, avec une stratégie de recettes à moyen terme attendue en 2027.
Pour les voisins de l'UEMOA et pour la Guinée, la leçon est double. La transparence budgétaire n'est pas un luxe : son absence se paie en points de spread et en mois de négociation. Et la protection explicite du marché régional montre que les États veulent préserver l'outil de financement local, devenu stratégique pour toute la sous-région.

