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Pour une nouvelle politique monétaire et une réorganisation du système bancaire et financier au service de la croissance économique de la Guinée

Conférence présentée à Paris, le 20 septembre 2003

INTRODUCTION
Le pouvoir de battre monnaie a toujours été reconnu comme attribut de la souveraineté nationale. Et les banques en tant qu’intermédiaires financiers ont toujours eu pour vocation le financement de l’essor économique des Nations.
C’est pourquoi, l’exercice du pouvoir monétaire, c’est à dire l’orientation de la politique monétaire est une préoccupation constante des gouvernements.
Pour relever les grands défis de la mondialisation, il faut mettre la monnaie et la banque au service du développement économique.
En effet, la monnaie et la banque constituent deux formidables instruments dont le bon usage peut induire un effet de levier sur la croissance économique. A l’orée du 21ème siècle, il est donc important de mettre en place une politique d’innovation et d’adaptation des activités bancaires aux réalités socioculturelles et aux objectifs de développement de la Guinée.
C’est l’objet de la présente réflexion intitulée : POUR UNE NOUVELLE POLITIQUE MONETAIRE ET UNE REORGANISATION DU SYSTEME BANCAIRE AU SERVICE DE LA CROISSANCE ECONOMIQUE DE LA GUINEE.
Il s’articule autour de trois points :
I. La monnaie et la banque sous le régime du PDG
II. La monnaie et la banque sous le régime militaire et sous la 3ème République
III. Nécessité d’une nouvelle donne sur le plan bancaire et financier

I. LA BANQUE ET LA MONNAIE SOUS LE REGIME DU PDG

A ce niveau de la présente étude, disons ce qui est pour nous une vérité historique que certains nostalgiques du PDG contestent à savoir du choix de la guinée et de sa révolution à rester dans la zone franc avec le CFA.. Les multiples démarches, mais vaines dans ce sens, d’octobre 1958 en décembre 1959 du jeune gouvernement guinéen auprès des autorités françaises, et la réaffirmation de la même idée par le premier et feu Président en 1982 à Paris, rétablissent dans sa plénitude la version réelle de l’histoire de la création de notre monnaie nationale.
C’est ainsi qu’à la proclamation de l’indépendance le 2 octobre 1958, la rupture avec l’ancienne métropole fut si brutale que la guinée se vit dans l’obligation de créer ex-nihilo une zone monétaire et un système bancaire et financier propres.

A. DESCRIPTION

Le 1er mars 1960 fut créée la Banque Centrale de Guinée, avec les attributions à la fois d’un institut d’émission et d’une banque commerciale. EN 1961 trois banques spécialisées à capitaux entièrement souscrits par l’Etat seront mises en place à savoir :
- La Banque guinéenne du Commerce Extérieur ( B.G.C.E. )
- Le Crédit National pour le Commerce, l’Industrie et l’Habitat (C.N.)
- La Banque Nationale de Développement Agricole (B.N.D.A..)

A ces établissements de crédit vont s’ajouter trois autres :
- La Banque Nationale de Dépôts et d’Epargne (B.N.E.D.), chargée de la collecte de la petite épargne des travailleurs ;
- La Banque Nationale des Services Extérieurs (B.N.S.E.), spécialisée dans le financement des transferts à caractère non commercial.
- La Banque Commerciale de Guinée (B.C.G.), spécialisée dans la mobilisation de l’épargne des commerçants privés.
En plus de ces trois banques dont l’Etat était le seul et unique actionnaire, la première banque privée a vu le jour en 1982. La Banque Islamique de Guinée (B.I.G.), dont le capital a été souscrit par des saoudiens et des particuliers guinéens. Les opérations de cette banque obéissent cependant à la Charia islamique qui interdit de prélever des intérêts sur les prêts. La BIG devait prendre des participations dans des projets économiques privés et assurer le financement des opérations d’import-export des particuliers.
La création des banques spécialisées a limité le rôle de la Banque Centrale à celui : - d'un institut d’émission jusqu’en juillet 1981, date à laquelle le chef de l’Etat décida d’amputer la BCRG de cette fonction ;
- de banque des banques ;
- de supervision bancaire.
L’ensemble du système bancaire était coiffé par la BCRG qui, par des circulaires périodiques déterminait les grandes orientations de la politique monétaire et du crédit en s’inspirant des décisions à caractère économique et financier du Gouvernement.
La politique monétaire de la BCRG a connu de 1960 à 1984 trois grandes phases :

1 - PHASE DE LA GESTION CLASSIQUE : de 1960 à 1964.
Cette période va voir le Gouvernement intervenir le moins possible dans la gestion des banques qui, grâce au maniement des instruments classiques de la politique monétaire, vont accorder des prêts aussi bien au secteur privé qu’au secteur étatique. Mais, le contrôle des prix et des salaires d’une part, et des importations d’autre part, vont bientôt donner lieu à l’émergence d’un marché parallèle des biens et de la devise nationale. Et les pressions inflationnistes vont graduellement commencer à obérer l’économie.

2- PHASE DES INTERFERENCES POLITIQUES : de 1964 à 1972.
La Loi-Cadre du 8 novembre 1964 a interdit toutes les activités commerciales privées dans le pays en vue de tuer dans l’œuf la bourgeoisie nationale naissante. Dans les livres des banques commerciales, on constata la disparition progressive des prêts au secteur privé. C’est ainsi que sur des prêts agricoles cumulés de F.G.13.267 millions, de 1964 à 1970, la part de l’Etat et des entreprises d’Etat se chiffrait à FG 10.468 millions, soit 80% du total, le reste revenant aux coopératives et aux particuliers. Pour éponger le trop plein de monnaie en circulation, le Gouvernement procède en octobre 1972 à une deuxième réforme monétaire qui a vu le remplacement du FG par le Syli au taux de 10 pour 1.

3- PHASE DE LA BANQUE DEVENUE UNE CAISSE DU TRESOR : de 1972 à 1984.
Au cours de cette dernière phase, la banque perd complètement sa fonction créditrice. Sur des injonctions répétées du Gouvernement, elle débloque des fonds destinés au financement des campagnes agricoles et des fermes agricoles.
Les décisions relatives à l’émission monétaire sont prises directement par le chef de l’Etat sans jamais tenir compte des grands équilibres macro- économiques et financiers. C’est au cours de cette période que le gouvernement a procédé à deux séries de commandes dites spéciales de marchandises à grande consommation. Les fonds recueillis de la vente de ces marchandises furent entièrement versés à la banque Centrale à l’effet d’être gelés. Ces ponctions ont diminué le volume de la masse monétaire, mais, les effets en matière de lutte contre l’inflation ont été fort éphémères puisque les besoins pressants de financement des campagnes agricoles, entre autres, demandaient à être satisfaits.
C’est ainsi qu’au moment où l’armée prenait le relais, la devise nationale était fortement surévaluée. Tandis que le taux de change officiel pour 1 dollar U.S. était de 25 syli, le marché parallèle affichait 250, dix fois plus. La flambée des prix, la limitation au niveau des banques des retraits espèces, la dégradation de la valeur du Syli, tout cela entama profondément la confiance du public en ses institutions bancaires.

B. EVALUATION
Dans le régime dirigiste instauré par le PDG qui contrôlait le citoyen guinéen jusque dans sa vie privée, il n’est pas surprenant de constater que le Président de la République contrôlait directement la Banque Centrale. Le système bancaire a été finalement rattaché à la Présidence de la République.
Dans ce contexte de dirigisme absolu, il n’est plus surprenant de réaliser que la banque a failli à son rôle d’intermédiaire financier entre épargnants et investisseurs pour impulser la croissance économique. L’Etat, propriétaire des banques en était aussi le principal client. D’où le laxisme dans l’octroi et le recouvrement des prêts qui, au fil des années, ressemblaient plutôt à des subventions. Les critères de rentabilité n’étaient plus de mise. Rien que des raisons sociales ou purement idéologiques étaient prises en considération.
Les instruments traditionnels de la politique monétaire, tel que le maniement du taux d’intérêt n’ont pas été utilisés. On a usé et abusé des réformes monétaires (remplacement pur et simple d’anciens signes monétaires par des nouveaux) pour diminuer le volume de la masse monétaire. Dans les dernières années du régime du PDG, on a même assisté à l’amputation artificielle de la circulation fiduciaire pour plaire aux bailleurs de fonds. Il faut noter que le chef d’Etat en personne décidait une fois par mois, de l’emploi des ressources en devises. Il décidait aussi des émissions monétaires auxquelles on a du reste recouru abusivement pour financer le déficit chronique du budget national.
Ces pratiques peu orthodoxes ont abouti, après 26 années d’indépendance, à une situation économique désastreuse. La Banque Mondiale, dans son rapport sur l’économie guinéenne au 31 décembre 1983, en fait un bilan sévère mais ne trahissant guère la réalité :
- Le Produit Intérieur Brut (PIB) per capita était inférieur à $ 300 par an ;
- L’espérance de vie était de 43 ans contre 47 ans dans les autres pays de
la sous-region ;
- le budget de l’Etat connaissait un déficit chronique, déficit financé par une politique monétaire expansionniste qui a engendré en 1983 une progression de la masse monétaire de 20%, tandis que le taux de croissance du P.I.B. n’était que d’environ 3% alors qu’il aurait du être supérieur ou au moins égal au taux d’accroissement de la masse monétaire.
Le système économique n’a pu se maintenir que par le recours à l’endettement extérieur et à la planche à billets. C’est ainsi que les découverts automatiques faits par la banque au budget général et aux entreprises d’Etat avaient atteint au 31 décembre 1983 le chiffre impressionnant de Syli 19 milliards, soit 55% du P.I.B., alors que ce taux ne doit pas dépasser 15%; ce qui a provoqué les situations suivantes :

- La surévaluation du Syli et la grande spéculation qui en découla ;
- la disparition de certains produits d’exportation.
Les exportations de bananes fraîches qui ont atteint 98.000 tonnes en 1958 et 130.000 tonnes en 1962 ne figuraient plus dans la gamme des produits d’exportation. Ce sont là les principaux facteurs qui ont contribué à la dégradation de la situation monétaire du pays. L’inflation, c’est à dire le recours systématique à l’émission monétaire qui provoquait un trop plein de monnaie en circulation reflétait à la fois l’incapacité des entreprises d’Etat à se développer à partir de leurs propres ressources et le gap qui a toujours existé entre les ressources en devises du gouvernement et ses engagements extérieurs; raison pour laquelle les objectifs de la politique monétaire n’ont jamais été atteints, à savoir :
- assurer le maintien du pouvoir d’achat interne et externe de la devise nationale ;
- assurer le plein-emploi et l’utilisation optimale des ressources disponibles ;
- assurer le financement du développement économique.
Logiquement, c’est à cette tâche de redressement économique et financier que devaient s'attaquer les nouveaux tenants du pouvoir au lendemain du 3 avril 1984.

II- LA BANQUE ET LA MONNAIE SOUS LE REGIME MILITAIRE ET SOUS LA 3ème REPUBLIQUE
En janvier 1986, moins de deux ans après la prise du pouvoir par l’armée, le gouvernement militaire sur conseil et l’assistance du F.M.I., de la Banque Mondiale et de la Banque de France procède à une vaste réforme sur le plan économique et financier.
- Dévaluation massive de la devise nationale et gel des gros avoirs en compte ;
- mise en circulation de nouveaux signes monétaires (le franc guinéen) en
remplacement du sily ;
- fermeture de toutes les banques commerciales à capitaux d’Etat ;
- ouverture de toutes les banques françaises ;
- licenciement massif des travailleurs des anciennes banques et recrutement
de nouveaux agents et cadres de la diaspora ou de l’intérieur du pays.

A. DESCRIPTION
La réforme monétaire de janvier 1986 a vu la dévaluation d’une amplitude exceptionnelle(90%) du syli et de son remplacement au pair par le franc guinéen. Pour défendre la valeur du franc guinéen, on institua un système de taux de change flottant, matérialisé par la vente aux enchères hebdomadaires des devises étrangères. Plus tard, les enchères deviendront journalières.
Parallèlement à cela, les banques d’Etat ont été fermées, mises en liquidation et remplacées dans un premier temps par trois (3) banques françaises : La BIAG (ex BIAO), La BICIGUI (BNP) et La SGBG (SG) qui commencèrent leurs opérations dès fin 1985. Par la suite, viendront s’ajouter d’autres établissements de crédit tels que l’Union Internationale de Banque (CL), la Banque Populaire Maroco-Guinéenne et la Banque Internationale de la malaisie.
Graduellement, ces banques privées vont ouvrir des agences à l’intérieur du pays.

B. EVALUATION
On attendait beaucoup de la réforme monétaire et bancaire de 1986. Entre autres, les Guinéens pensaient que cette double réforme aurait doté le pays d’une monnaie forte et stable, d’une Banque Centrale et d’un système bancaire échappant à la main mise de l’Etat. Après quinze ans de gestion, force est de constater que peu d’objectifs visés ont été atteints avec des résultats mitigés. D’abord, la loi bancaire signée en mars 1985 fut purement et simplement et longtemps oubliée. Les dispositions et organes qu’elle a prévus ont été mis en œuvre que plus tard.
Certes, le taux de change du franc guinéen ne s’écarte plus largement de la valeur centrale. En d’autres termes, l’écart entre le taux de change officiel et le taux du marché parallèle a été maintenu au-dessous de 10%. Mais à y regarder de près, on constate que la dégradation de la valeur de la devise nationale est très forte et constante. En effet, de 365 fg contre 1 dollar US en 1986, le taux de change est de 1660 fg pour 1dollar US au terme du bulletin de change de la BCRG du 1er mars 2000. Ce qui fait en quinze ans 467% d’inflation, soit une moyenne annuelle de 31%. Quarante ans, jour pour jour après la création de la monnaie nationale, l’anniversaire est moins glorieux parce que tout simplement le Guinéen voit son pouvoir d’achat de ses moyens de paiement se détériorer inexorablement.
Les banques commerciales qui auraient dû être des instruments au service de la croissance ne financent que le court terme, c’est-à-dire les opérations commerciales(import-export) à rentabilité immédiate. Au 30 décembre 1999, sur un total de crédit d’un montant de 263.446 millions fg accordés à l’économie, les prêts à court terme représentent 70%, les prêts à moyen terme 22% et le long terme 8%. Bien qu’ayant bénéficié généreusement lors de leur établissement dans le pays d’exemptions fiscales, les banques privées hésitent encore à prendre des risques en finançant le secteur privé national pour un développement réel.
La Banque Centrale pour sa part, continue à accorder des avances hors des limites statuaires au budget national. En plus, l’Institut d’émission a fonctionné très longtemps(de 1986 à 1995) sans les organes suivants :
- le conseil d’administration,
- le conseil national du crédit,
- le comité de réglementation bancaire,
- la commission de contrôle des banques et établissements financiers
Pourtant toutes ces instances étaient prévues dans la Loi bancaire. Il faut noter enfin que tous les hauts cadres sont nommés par décret présidentiel. Le Gouverneur à son tour, nomme les autres cadres par arrêtés. La gestion de la Banque Centrale et des banques commerciales laisse beaucoup à désirer, d’où la nécessité de soustraire la Banque Centrale de l’emprise du Gouvernement et d’imprimer une nouvelle orientation aux activités des banques primaires.

III - NECESSITE D’UNE NOUVELLE DONNE SUR LE PLAN BANCAIRE ET FINANCIER

1- Il est indispensable de définir une politique économique cohérente comportant des objectifs bien modulés dans le temps. L’énorme retard de notre pays dans la voie du développement économique appelle des actions urgentes et des actions à long terme. Dans le cadre des actions à court terme, le Gouvernement doit doter le pays des commodités élémentaires de la civilisation moderne, à savoir l’eau et l’électricité.
Quant aux actions à moyen et long terme, chemins de fer, aérogares, habitat d’une part, la relance de l’agriculture et de l’industrie d’autre part.
2 - C’est en fonction de ces différentes cibles que l’activité des banques peut être réorientée dans la bonne direction. A cette fin, il faudrait envisager de signer des délais avec les banques de manière à concilier leur souci de rentabilité et les impératifs de développement ambitionné par le gouvernement. Pour aider les banques commerciales à obéir et à mettre en œuvre cette nouvelle donne, il faudrait mobiliser l’épargne intérieure et extérieure.
3.- En l’absence de marché de capitaux telle que le bourse des valeurs qu’il faudra mettre en place, il conviendra de créer un système d’emprunts à l’échelle nationale ou régionale. Les ressources mobilisées pourront être gérées par l’Etat pour financer des actions économiques ponctuelles.
4- une nouvelle structure de loterie nationale (bien différente dans sa conception et dans ses objectifs par rapport à la récente et éphémère loterie (PMU) doit être remise en place pour mobiliser les fonds des particuliers et les utiliser à des fins productives. Une loterie d’Etat aura un double avantage. D ‘abord, elle constituera un apport financier au budget national pour des investissements socio-économiques, ensuite, elle va créer des emplois. Et certains heureux gagnants ne manqueront pas d’investir leur pactole et se transformer ainsi en opérateurs économiques.
5 - Avec le concours d'institutions financières internationales, on peut envisager la création d’une banque de développement orientée surtout vers le financement de l’agriculture et de l’industrie. Les activités de ses institutions financières doivent s’accompagner de la mise en place d’une structure de vulgarisation et de la maîtrise de l’eau.
6 - La mobilisation des Guinéens résidant à l’étranger doit être un volet important de la mobilisation de l’épargne extérieure. La collecte et le transfert des revenus des guinéens de la diaspora vers le pays peuvent constituer une source de financement important de la croissance économique. A cet égard, la Guinée pourrait s’inspirer des expériences malienne et Marocaine. A titre d’exemple, les transferts des Marocains vivant à l’étranger avoisinent 2 milliards de dollars par an.
7 - Il faut encourager la création d’une banque à caractère mutualiste dont le capital social sera souscrit par des actionnaires qui en seront en même temps des clients. Les employés aussi peuvent détenir une part du capital. L’avantage d’un tel établissement, c’est la responsabilisation des clients qui vont s’employer à bien gérer les prêts dont ils bénéficient puisqu’ils sont propriétaires de la banque.

8 - Parallèlement à l’édification d’un système bancaire solide et orienté vers la réalisation des objectifs économiques du pays, il faudra revoir la gestion de la Banque Centrale en la soustrayant autant que faire se peut de l’emprise trop forte des gouvernants.
La Banque Centrale de la République de Guinée était un instrument aux mains des dirigeants du PDG pour financer sans rationalité économique le déficit du budget national. Aujourd’hui, cette situation n’a guère changé. Elle est toujours entre les mains des gouvernants. Pourtant, à l’évidence, plus une Banque Centrale est indépendante, moins sont fortes les pressions inflationnistes. D’où la nécessite de conférer à la BCRG une certaine indépendance de telle sorte que ses avances ne dépassent pas les limites statuaires, à savoir 10% des recettes budgétaires. Si une telle rigueur est maintenue, la Banque Centrale pourrait alors atteindre ses principaux objectifs qui sont une relative stabilité des prix et le financement de la croissance économique.
9 - La politique monétaire et la politique financière gouvernent l’économie.
Le gouvernement a le pouvoir de lever l’impôt et d’emprunter, et, les ressources qu’il collecte ainsi sont investies dans l’éducation, la santé, l'agriculture la construction des routes, des ponts, des logements, etc, toutes activités qui créent des emplois nouveaux relevant de la souveraineté de l'Etat. L’influence qu’exerce la Banque Centrale sur le taux d’intérêt et l’offre de monnaie en circulation lui confère le pouvoir d’exécuter la politique monétaire.
La mise en œuvre de la politique financière ne doit pas amener la Banque Centrale à s’écarter de ses propres objectifs. Certes, le Trésor a toujours été un auxiliaire de la Banque Centrale. En cas de bonne finance, il renfloue les caisses de celle-ci, en cas de mauvaise finance, elle emprunte. Lorsque les demandes d’avances deviennent excessives par rapport aux prescriptions statutaires, il naît des risques de pressions inflationnistes. En effet, les concours de la banque au trésor sont des opérations génératrices de création monétaire qui n’a souvent pas de contre-partie en biens et services disponibles. Et comme on le sait, les pressions inflationnistes fortes et durables rendent les prix insignifiants et l’efficacité nulle des investissements .
Il est donc indispensable de rationaliser l’intervention de la Banque Centrale dans le financement des déficits du budget de l’Etat. Dans cette période d’explosion des dépenses publiques, il faut en effet rétablir la discipline d’une part et éviter tout laxisme exagéré dans la gestion monétaire, d’autre part.

CONCLUSION
L’avènement de la démocratie dans l’alternance en Guinée sera de bon augure, mais, la démocratie n’est pas une garantie de bonne gouvernance, elle la rend simplement possible.
La crédibilité est l’une des vertus qui a fait défaut au gouvernement du PDG et qui n’a pu être rétablie sous le régime actuel. Loin s’en faut. Généralement, l’augmentation des dépenses budgétaires et son financement par la planche à billets ne peut se justifier que par un souci de financement de la croissance économique. Ce qui ne fut pas le cas dans le passé, encore moins dans le présent. Le réalisme des chiffres globaux d’une part, la rigueur, la discipline et l’intégrité dans la gestion de la chose publique d’autre part, sont des conditions du rétablissement du crédit de l’Etat aux yeux des guinéens et des partenaires étrangers. Pour cela, un gouvernement responsable doit concevoir et exécuter une ambitieuse mais réaliste politique budgétaire, économique et sociale.
Comme l’a dit un auteur français : « Les principes du crédit sont immuables. Ne promettre que ce qu’on peut tenir et tenir ce qu’on a promis. Voilà tout le secret. Fondé sur de telles bases, le crédit d’un grand Etat est inébranlable ».


M. Sanoussy DABO

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